Exposition HOMMAGE Pierre Eychart (1943-2013)
Moret-sur-Loing 2015

Cette exposition organisée par la ville de Moret-sur-Loing et l'association "Les Amis d'Alfred Sisley" en août 2015 a eu lieu à la salle des fêtes Roland Dagnaud. Un catalogue reste le témoin de cette rétrospective avec 88 toiles exposées.

  • Crédit photo : Régine Masclez

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Hommage prononcé pour le vernissage de l'exposition à Moret-sur-Loing le 2 août 2015

" Pierre Eychart s'est installé à Moret-sur-Loing en 1974, après son retour d'Espagne, c'est dire depuis 40 ans s'il était connu de la plupart d'entre vous.
Un jour il est venu à Moret et, séduit par la lumière subtile qui baigne les bords du Loing de ses reflets nacrés, il a décidé de s'y installer à l'instar d' Alfred Sisley un siècle auparavant.
J'ai tenté, à travers les tableaux qui retracent ce bel hommage, de faire un choix représentant quelques-unes des périodes caractéristiques de l'évolution de la peinture de Pierre tout en gardant une certaine unité. Ce parcours est parfois intime devant les paysages, ou plus aéré devant les grands formats de figures et comme cette peinture a beaucoup de présence elle a besoin de son espace de respiration.

Exprimer la vérité cachée du réel, à partir du regard qu'il lui porte, telle est la vision de Pierre Eychart, qu'il incarne dans une matière savoureuse, riche et dense, pour la faire sonorité plastique. Il transfigure le réel par la réflexion et la vision qu'il a du monde, le monde dans ses rapports d'harmonie entre l'homme, la nature et la société.

La vérité du sentiment, et le sens de l'humanité imprègnent toute son oeuvre de poésie et de sincérité; comme un passeur de lumière, il nous fait partager sa perception et ses émotions au-delà des apparences les plus banales et les plus éphémères. La couleur est messagère de l'âme de l'artiste et l'oeil du peintre nous offre un moment « arraché au désastre du temps qui passe ».
Oui, car la représentation du réel ne peut être qu'une reconstruction ou une transposition, une équivalence plastique du monde sensible.

Ici, à Moret, elle nous manque la silhouette familière de Pierre sur les bords du Loing campée derrière son chevalet, hiver comme été aux mêmes heures de la journée. Mais il reste présent par la permanence de notre souvenir. Solitaire devant sa toile, l'esprit et les sens constamment en alertent, il se fondait en totale osmose avec la nature, captant les moindres variations de lumière et d'atmosphère pour mieux en restituer les mystères.

Les toiles de Pierre témoignent d'une perception fine et aigüe du monde, à travers des thèmes aussi différents que les portraits, les natures mortes, les paysages, les scènes de café, etc.

Par exemple :
La grande toile de 3m brossée sur le thème des cafés intitulée « une certaine image du peuple » est un hommage à Moussorgsky (compositeur russe mort en 1880 à l'âge de 41ans). Celui-ci était l'un des compositeurs préférés de Pierre qui aimait son sens de l'humanité exprimé à travers ses opéras (Boris Godounov et La Kovantchina) où la vie et l'histoire des hommes occupent une place prépondérante. Il aimait beaucoup les mélodies et les compositions complètement atypiques, où le compositeur modelant la matière musicale à la mesure de ses sentiments ne cédait rien à l'effet.

Dans cette toile à la dominante sombre, les personnages sont reliés par la lumière ou la couleur violente qui leur donnent une cohésion, chacun dans son espace de solitude. La mélancolie présente dans cette oeuvre... pose aussi question sur le sens du tragique de la condition humaine.

Homme de liberté, Artiste indépendant et authentique, hors des normes dominantes de son époque, Pierre Eychart ne s'est lié à aucune manipulation du marché.

Volontairement provocateur, il ne manquait jamais l'occasion de dénoncer la politique officielle du marché de l'Art et l'ostracisme culturel qui marginalise non seulement les artistes indépendants, mais aussi notre pays, autrefois terre d'élection pour les Arts et les artistes. D'ailleurs, il a écrit quelques textes bien appuyés à ce sujet; S'attachant à défendre activement la pluralité artistique, il participait notamment au Salon d'Automne de Paris dont il était le Vice Président, à soutenir l'indépendance de l'Art.
Chacun connaissait son sens de l'humour et de la polémique et s'est trouvé sous le charme de sa grande culture artistique, et de la fascination qu'il exerçait. Il savait captiver son auditoire, lorsqu'il parlait avec passion des peintres qu'il aimait, de leurs oeuvres et de leurs pensées.

Je vous invite donc à découvrir ou à redécouvrir à travers les quelques thèmes traités dans cette exposition la peinture de Pierre Eychart.

Et en conclusion, je veux vous faire partager cet extrait des « lettres à un jeune poète » de Rainer Maria Rilke : lorsqu'il répond à Franz Kappus :

« La plupart des évènements sont indicibles, se produisent au sein d'un espace où n'a jamais pénétré le moindre mot; Et plus inexprimables que tout sont les oeuvres d'Art, existences fort secrètes dont la vie, comparée à la nôtre qui passe, dure » "

Régine Masclez