Texte en Hommage à Maurice Mazo,

paru en 1991 dans l'Humanité à la suite de la mort du peintre et repris dans le livre sur Mazo aux éditions Garamond.

Ainsi ceux qui ont approché Maurice Mazo l'ont reconnu alors que ses contemporains ne le connaissent pas.

Ses dessins d'une allure à la fois intime et sensuelle sont l'aboutissement de connaissances et d'observations tellement intégrées qu'elles laissent à l'expression du trait une extrême liberté dans sa force comme dans sa retenue.

La violence qui émane de certains d'entre eux n'a d'égale que leur sensibilité et leur délicatesse extrême exprimées avec passion, avec fièvre parfois. Dessins d'invention des formes où celles-ci se regroupent, se retrouvent comme enlacées afin de compliquer l'approche du sujet. Dessins composés comme de véritables tableaux sur des rythmes intérieurs qui organisent leurs effets expressifs. Souvent leur lyrisme s'écarte du réel pour nous présenter un monde du rêve, de l'imaginaire voire de la mythologie.

Son œuvre peint reprend en l'approfondissant cette dualité de l'observé et du rêve. Là, à travers l'éternel prétexte de nus, de portraits, de natures mortes ou de compositions, Maurice Mazo poursuit la construction de sa sensation plastique qui, si elle évoque par sa densité et sa plénitude Rubens ou Courbet, n'en exprime pas moins la sensibilité tourmentée de l'homme du XXème siècle.

Il est regrettable qu'un peintre de cette qualité, à cause des décisions arbitraires des milieux officiels d'aujourd'hui, soit resté ignoré du public. En effet depuis une trentaine d'années une politique culturelle unilatérale et partiale se refuse à représenter dans toute sa diversité l'art contemporain. Le label de modernité est distribué selon les choix esthétiques de cette politique en relation privilégiée avec les marchés internationaux. Ainsi sont marginalisés et niés les représentants de l'Art indépendant d'aujourd'hui qui prolongent sans la répéter la tradition de la peinture française. Cette injustice isole l'artiste et prive le public d'une diversité à laquelle il aspire.

A ces milieux officiels qui se prétendent avant-gardistes on pourrait répondre, entre autres choses, que pour aller de l'avant il faut avoir assimilé le passé. Rien n'est jamais résolu par des principes. Seul compte le résultat. Il ne suffit pas de se proclamer avant-garde pour l'être. Il arrive qu'un artiste qui n'y prétende pas soit, finalement, considéré comme tel. Une œuvre, d'avant-garde ou pas, n'existe que si la postérité ne peut s'en passer. Il faut un certain temps pour savoir où furent les véritables avant-gardes.

Les milieux officiels n'en ont cure et avec constance présentent comme immuable, définitive et indépassable leur conception de l'Art. Leur problème, celui qu'ils étouffent, c'est que l'histoire continue et que leur conception vole un jour en éclat. Ce sont les même que Antonin Artaud tenait pour responsables du suicide de Van Gogh.

N'est ce pas leurs héritiers, modernisés ou branchés comme on dit aujourd'hui, qui se sont arrangés pour que l'oeuvre d'un Mazo reste très confidentielle et pour que cet homme  finisse ses jours dans la solitude et l'amertume. Pouvons nous en prendre notre parti ?

Découvrir le texte sur le site de Maurice Mazo

Pierre Eychart