Pierre Eychart (1943-2013), Hommage de Noël Coret

président du Salon d'Automne de Paris, dans le catalogue 2014

« Les jours passent comme des secondes et je ne vois que des formes et des couleurs pour les remplir » Pierre Eychart -phrase reprise en exergue du très beau texte que lui consacra le poète Jean-Pierre Siméon (Pierre Eychart ou La réalité en face, juillet 1992)- 

C’est peu dire combien la disparition de Pierre Eychart laissa un grand vide dans les rangs du Salon d’Automne. Il y présenta ses oeuvres depuis 1962 -50 ans de participation !- et prit part activement à la vie de notre association d’artistes où il fut nommé vice-président en 2010.  

Avec courage et témérité, quitte à paraître parfois comme l’empêcheur de tourner en rond, il y mena un combat sans relâche contre le meurtre perpétré de l’attitude réaliste au nom de la liberté d’expression, et pour les besoins des « multinationales de l’art » (terme qu’il employait souvent), lesquelles contribuent à  la financiarisation du capital en excluant à la fois la valeur « travail » et toute trace de figuration objective dans l’œuvre d’art. Ainsi notre Manifeste Contre le pompiérisme d’Etat, pour la diversité artistique, s’il reste critiquable, doit beaucoup aux débats autour de l’« art » contemporain qui agitèrent notre association et dont il fut le principal instigateur. De fait, aucune barrière n’existait entre l’ardent militant pour une société humaine et le peintre éperdu des formes et des couleurs. La rétrospective de ses œuvres qui se tenait en juillet-août 2014 au Château de la Roquebrou (Cantal) témoignait de la puissance créatrice de celui qui portait sur ses épaules le lourd fardeau, aujourd’hui tant décrié, de la grande école française du paysage sans jamais, ô grand jamais, figurer dans la foule des « recycleurs ». Si Courbet, Corot, Théodore Rousseau, Monet s’y donnent rendez-vous à titres divers, c’est toujours de son chant propre, le chant incomparable de Pierre Eychart qu’il s’agit. Non, il n’était pas le « dernier des Mohicans » : Il était, plus que tout autre, le peintre de notre temps ! Une vue panoramique de sa peinture révèle que du bistrot de Moret aux marchés en Espagne, des bords de Seine aux montagnes d’Auvergne, des natures mortes aux nus de femme -parmi les plus remarquables que nous connaissons-, d’autoportraits en autoportraits, rien de ce qui est humain ne lui est étranger.  

C’est au présent que nous employons à dessein la formule : c’est au présent que se conjugue son œuvre. Le peintre nous a quittés. Sa peinture demeure et demeurera. 

Noël Coret - Président du Salon d’Automne et du Salon d’Automne International